Chapitre V

Le partage autrichien et la Galicie

1772–1918

Vinrent les fonctionnaires impériaux, qui ôtèrent aux clarisses la ville et leurs biens, tandis que le feu dévorait l’hôtel de ville. La vieille cité de Kinga tint bon pourtant, et vit arriver à la fin du siècle le chemin de fer, l’école normale et son propre « Sokół ».

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À l’été de l’an 1770, alors que la République bouillonnait encore de la confédération de Bar, les Autrichiens pénétrèrent dans les confins méridionaux de la Petite-Pologne. Un cordon sanitaire contre la peste leur servit de prétexte, mais les poteaux frontières, repoussés le 2 août jusqu’aux abords de Mogilna, parlaient d’eux-mêmes. Le traité de partage de 1772 ne fit que sceller le fait accompli : Stary Sącz entra dans une nouvelle province de l’empire, baptisée Galicie. Aussi la chronique de la ville doit-elle retenir les deux dates – l’occupation en 1770 et le partage en 1772. En 1774, la ville fut rattachée au cercle de Wieliczka, puis à partir de 1784 au cercle de Nowy Sącz.

L’empereur à la place de l’abbesse

Pendant cinq cents ans, les clarisses avaient régné sur Sącz. Joseph II, empereur éclairé et fort méfiant envers les ordres religieux, leur ôta ce pouvoir d’un trait de plume. En 1782, les biens du monastère, et la ville avec eux, devinrent propriété impériale. Désormais, les papiers officiels les désignaient comme « K.K. Ex-Nonnen Herrschaft Alt-Sandez », c’est-à-dire le domaine impérial et royal des anciennes moniales. Le noviciat fut fermé, et les sœurs n’eurent plus que le droit de finir leurs jours entre les murs du monastère. Le couvent perdit ses objets précieux, ses archives et sa bibliothèque, rassemblés depuis le temps de la fondatrice.

Sur les terres confisquées, le gouvernement installa des colons allemands. En 1785 naquit sur la ferme de Podmajerz le village de Neudörfel, commune rurale distincte au parcellaire bien régulier. Une seconde colonie s’établit près du monastère des franciscains, dont l’église devint en 1786 la paroisse des nouveaux venus. L’ancienne autonomie municipale céda la place à un magistrat. En 1783, on ouvrit un nouveau cimetière près de l’église Saint-Roch. La petite chapelle de sainte Kinga près de la source, bâtie en 1779, fut en revanche épargnée.

Les franciscains ne survécurent pas à l’ordre impérial. Un décret de François Ier du 19 octobre 1814 supprima leur monastère, et les deux derniers frères furent transférés à Krosno en 1815. Leurs biens passèrent en d’autres mains : en 1813, le grenier fut réquisitionné comme entrepôt à sel ; en 1831, la ville l’acheta et le transforma en hôtel de ville (aujourd’hui 25, rue Batorego) ; l’église et le monastère furent convertis en 1854–1855 en tribunal et en prison.

L’école sauva les clarisses. En 1811, les autorités rétablirent le noviciat, à condition que les sœurs instruisent les jeunes filles. À partir de 1813, l’enseignement fut dirigé par la bénédictine Karolina Wota. En 1821, l’école reçut son propre bâtiment dans l’enceinte du monastère ; à la fin du siècle, c’était déjà une école populaire de sept classes, devenue en 1904 l’École normale privée de jeunes filles ; en 1912 s’ouvrit l’École publique de jeunes filles Reine-Hedwige.

L’année des trois incendies

L’année 1795 resta gravée par le feu dans la mémoire de la ville. Le 24 avril, vers quatre heures du matin, par grand vent, un incendie éclata. En moins de deux quarts d’heure, il réduisit en cendres 130 maisons et 90 granges, le presbytère, l’hôpital avec l’église de la Sainte-Croix, la chapelle Sainte-Barbe, une partie de l’église paroissiale, l’école, les étals des bouchers et l’hôtel de ville sur la place du Marché. Le 8 août, la foudre embrasa des granges, et le 19 novembre, 22 maisons encore partirent en fumée.

Les bourgeois ne restèrent pas les bras croisés. Dès le lendemain du premier incendie, le magistrat demanda de l’aide. L’empereur François II accorda du bois des forêts domaniales et trois années d’allègements fiscaux, et le conseil municipal prêta de l’argent à 85 sinistrés. L’hôtel de ville, l’église de la Sainte-Croix et la chapelle Sainte-Barbe ne furent jamais rebâtis. Les règlements de construction se firent plus sévères, mais le bois régna à Sącz jusqu’à la fin du XIXe siècle. Lorsque deux maisons à arcades brûlèrent en 1871, on aménagea à leur place une petite place appelée « Maślany », la place au beurre.

Plus redoutable que le feu fut parfois l’épidémie. Sur le versant de la Miejska Góra subsiste aujourd’hui encore le cimetière des cholériques de 1831. La population croissait par à-coups : 3816 habitants en 1844, puis, après l’épidémie, la faim et la mauvaise récolte de 1855, 3006 seulement. La ville se releva ensuite : environ 3900 habitants en 1880, près de 4600 en 1900 et, selon Orłowicz, 5300 en 1914.

Les voisins de la rue Staszica

Les Juifs s’établirent tard à Stary Sącz, car pendant des siècles le monastère, propriétaire de la ville, leur en avait fermé la porte. En 1830, la paroisse comptait 75 protestants et à peine 20 Juifs. La communauté juive fut fondée en 1860 ; une synagogue de bois fut élevée en 1876, puis en 1905 une synagogue de pierre rue Staszica, sur les plans de Józef Kostański. L’ancienne synagogue de bois fut fermée le 21 mai 1901. On comptait 325 Juifs en 1880, 517 en 1900, et à la veille de la guerre ils formaient 13 % de la population.

Dans la nuit du 25 au 26 juin 1898, une foule pilla plusieurs dizaines de boutiques et de maisons juives. Les autorités firent venir la troupe, qui resta cantonnée dans la ville pendant un mois. Le conseil municipal condamna les pillages.

Le chemin de fer, les lanternes et le « Sokół »

En 1876 passa par Sącz le premier train de la ligne qui menait de Tarnów, par les deux Sącz, jusqu’à Budapest. La gare fut bâtie à l’écart du centre. Le chemin de fer réveilla la petite ville : dès 1864, des lampes à huile éclairaient les rues ; elles furent remplacées par des becs de gaz en 1913. En 1874 naquit le corps des sapeurs-pompiers volontaires, leçon tirée de tant d’incendies. Suivirent en 1876 une société de crédit, en 1890 une briqueterie, en 1893 une tannerie de la coopérative des cordonniers et tanneurs, en 1895 un champ de foire sur l’ancienne ferme des franciscains, et en 1907 des moulins sur le Poprad. À partir de 1867, la ville fut administrée par un conseil municipal selon les lois galiciennes. En 1910, la commune de Podmajerz fut rattachée à la ville.

La société de gymnastique « Sokół » insuffla un nouvel élan à la vie sociale et patriotique. Le 15 juin 1893, l’avocat Edward Szayer et le pharmacien Julian Fijałkowski convoquèrent l’assemblée fondatrice, à laquelle vinrent 30 personnes. Le 15 mai 1907, on posa rue Batorego la première pierre d’un bâtiment dessiné gracieusement par Zenon Remi.

La ville réclama longtemps une école pour former les maîtres : les démarches duraient depuis 1894. Le 5 octobre 1903 s’ouvrit enfin l’école normale d’instituteurs, sous la direction de Józef Dobrowolski. La ville promit de lui construire un bâtiment et de verser 1000 florins rhénans par an.

La sainte dame et la Grande Guerre

Tout au long du siècle, la mémoire de Kinga demeura. Des travaux de conservation furent menés dans l’église des clarisses en 1861 et en 1893. En juillet 1892, la ville célébra pendant une semaine le six-centième anniversaire de la mort de la fondatrice. Le cardinal Dunajewski transféra les reliques dans une nouvelle châsse ; le 24 juillet, il célébra la messe, avec un sermon de l’archevêque Issakowicz, et la procession traversa la place du Marché. En 1901, Kinga devint patronne du diocèse de Tarnów, et en 1905 Pie X autorisa la reprise de son procès de canonisation.

La Grande Guerre frappa directement à la porte de Sącz. En 1914, les élèves de l’école normale partirent rejoindre l’armée autrichienne et les Légions, et le bâtiment de l’école fut occupé tour à tour par les troupes russes et autrichiennes. Nowy Sącz resta sous occupation russe jusqu’au 12 décembre 1914 ; le lendemain, Piłsudski y entra à la tête du 1er régiment des Légions. Dans le cimetière de la rue Węgierska fut aménagé le cimetière militaire n° 348, conçu en 1915 par Gustaw Ludwig. En 1918, les élèves-maîtres s’engageaient déjà dans l’Armée polonaise.

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